Lors des questions d’actualité au Sénat, Françoise CARTRON, le 3 juin 2010, Sénatrice de la Gironde, a interpellé le Ministre de l’Education Nationale sur les annonces de suppressions de postes divulguées par la presse en début de semaine.
En dépit de promesses répétées, le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite sera appliqué, non avec discernement comme l’affirme le ministre, mais avec tout l’aveuglement du dogme du chiffre, pour tenir l’objectif de 16 000 suppressions de postes pour l’année scolaire 2010-2011. Car c’est bien le portrait d’une école démantelée que dressent les 13 fiches « anti-pédagogiques » du ministère. Leur jargon managérial ne parvient pas à masquer la violence des coupes budgétaires prévues.
Les Sénateurs Socialistes dénoncent avec vigueur le cynisme des projets ministériels. C’est pourquoi, à l’initiative de Serge LAGAUCHE, sénateur du Val de Marne, le Groupe socialiste a décidé d’inscrire la question de l’égalité des chances à l’école, à l’ordre du jour du Sénat, au travers d’un débat avec M. Luc CHATEL Ministre de l’Education nationale, le 24 juin prochain.
Sous les ciseaux de Luc CHATEL, la RGPP se transforme en DGSE : Démantèlement Général du Service public d’Education. Ces projets seront particulièrement funestes pour les zones rurales, qui verront disparaître leurs derniers services publics.
Monsieur le Ministre,
Trouver des « gisements d’efficience ». Voilà l’objectif que vous vous êtes fixé, si l’on en croit les documents internes à votre ministère publiés lundi. Le jargon managérial masque mal la violence du projet : il s’agit en fait – en dépit de promesse répétées – d’appliquer brutalement la règle de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans l’Education Nationale. 16 000 postes seraient supprimés en 2011.
Quels sont donc ces fameux « gisements » ? Augmenter le nombre d’élèves par classes, supprimer la scolarisation des 2-3 ans, réduire les besoins de remplacement, fermer les petites écoles rurales, supprimer les RASED, procéder à la « mise en extinction » des psychologues scolaires, systématiser le recours aux vacataires pour assurer les remplacements, supprimer les assistants de langues… j’arrête là, la liste est déjà trop longue.
En 13 fiches qui n’ont rien de pédagogique, vos services dressent le portrait d’une école démantelée, qui sera évidemment incapable d’assurer correctement ses missions, surtout pour les plus fragiles. Pour accomplir cette besogne, vous n’hésitez pas à revenir sur des promesses entendues : celles de votre prédécesseur, qui nous avait garanti à cette tribune la préservation des postes RASED restant. Vous revenez sur vos ambitions éducatives aussi : quel enseignement des langues sans assistants étrangers ? Concernant les 2 à 3 ans, vous avez trouvé une méthode infaillible d’économie : vous supprimez les élèves pour supprimer les professeurs ! C’est imparable !
Et ne nous dites pas qu’il ne s’agit que de projets, car la plupart sont déjà à l’œuvre dans nos départements ! Il ne s’agit plus de RGPP, mais de DGSE, Démantèlement Général du Service d’Education. Pourtant, le rapport de la Cour des Comptes de mai 2010 pointe un déficit de financement pour l’école primaire de 15% pa rapport à la moyenne des pays de l’OCDE.
Quant aux territoires ruraux, ils seront abandonnés. Les petites écoles seront supprimées, regroupées de force. De même pour les collèges de petites villes. Qu’importe si les élèves doivent parcourir des dizaines de kilomètres pour rejoindre l’école. A peine prononcés, les grands discours sur le temps de l’enfant sont déjà reniés. Qu’importe si les villages se vident de leurs derniers services publics. Ce n’est plus de l’aménagement du territoire, mais du déménagement !
Dans quelques jours, les bacheliers vont plancher. A votre tour, pouvez-vous Monsieur le Ministre, commenter cette phrase ? « La question centrale, c’est donc celle de la qualité de la dépense publique. La logique de la rigueur l’occulte parce qu’elle conduit à ne plus s’interroger que sur les conséquences budgétaires à court terme des décisions que l’on prend » (Nicolas Sarkozy – Congrès de Versailles, 22 juin 2009).








